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GO OUEST

Dimanche 23 AOÜT 2009

       Charger l’eau, fixer le deuxième conteneur survie sur la terrasse (l’un contient effectivement un radeau, l’autre est plein de « ça peut servir »)… Veit revient de l’internet pour la consultation météo, sa conclusion :  « Nous partons dans une demi heure ! »

Enrique, dit Kike, qui arrive de Barcelone, via Melilla, apparait sur le quai. En guise de bienvenue je l’informe en un mot et poursuis chez Paul (français en retraite au village) pour lui rendre des livres et lui dire au revoir.

On est parti, dans la brise, pour un bain, et pour la nuit. Veit et moi somnolons, Kike à la barre rêve sous les étoiles en suivant le vent… Vent du Nord des plus léger parfois interrompu par un vent du Sud…

-  « Eh, Kike, on retourne à Cap de l’Eau! »

Lundi 24 Août

       Nous arrivons tout de même à Beni-Ansar. Alors que nous franchissons la digue d’entrée du port, à 10 h du matin, une bourrasque de poniente (vent d’Est) déferle. Tout le plan d’eau change de visage, de couleur.  Mar (Maria del Mar, elle, venue de Seville), sur le quai, nous voit arriver, elle embarque et nous changeons d’emplacement.  L’après-midi, Veit  va chercher mes skis à Melilla, restés dans le garage d’un ami et se charge aussi du ravitaillement pendant que Mar et moi dessinons, sur le quai abrité, les vestiges des zodiacs de contrebande.

Mardi 25 Août

       Toujours fort poniente, le port est blanc de moutons. Je pars avec Mar à Melilla chercher mes livres restés chez Manolo (notre ami peintre qui est entre autre en grande partie l’auteur du dessin de la proue de Moemoea)! Déjeuner pâtes chez lui et il me remet une nouvelle mascotte pour le bord : un serpent en papier mâché des plus expressif, il s’appelle aussi Manolo.

Mercredi  26 Août

       5 heures du matin : Veit démarre le moteur. La météo annonce un vent quasi nul en journée, mais nous espérons gagner la cale Tramontana en quelques heures puis profiter pleinement de l’endroit. Ah, cette méditerranée qui vous laisse sans vent dans une mer chaotique !

      

Jeudi 27 Août

       11 H du matin, tout le monde dort et moi, je surveille Tato alors que nous nous éloignons peu à peu du cap des Trois Fourches durement passé hier. Partis de Beni Ansar aux premières heures du jour par petit vent, nous avons traversé au moteur la mer de houles croisées, réfléchies, typique des caps , pour venir jeter l’ancre dans la crique de Tramontana dans une soudaine risée qui se jouait de nous… Mais, ce n’est pas le vent qui nous fait tourner autour de l’ancre, c’est le point mort du moteur, qui n’embraye pas. On éteint tout. Veit ouvre le moteur, un coup de perceuse, une nouvelle goupille bien placée et déjà ça ne recommencera plus pour la même cause.

       Et pendant que Mar et Kike  jouent aux explorateurs sur une plage de pêcheurs parsemée de quelques épaves de Zodiac (toujours la contrebande), Veit s’occupe à installer de nouveau « Tato », notre pilote automatique ou plus exactement notre régulateur d’allure, nommé ainsi car quasiment tout le matériel que nous avons utilisé pour sa construction nous a été fourni par notre ami Tato de Melilla. Depuis l’Algérie, Veil y a apporté quelques modifications.   

        12 H. Je suis toujours seule avec Tato que je continue à surveiller sans intervenir. La matinée s’est déroulée selon météo  : vent favorable force 2 devant monter à 4 dans l’après midi. La mer plate permet à Moemoea de glisser doucement et sans retenue. Juste une chose, la brise s’est levée plus tôt qu’espéré et ne m’a pas laissé le temps d’accomplir mon programme mijoté : dessin et natation tombaient à l’eau, l’ancre était levée ! Mais Tato travaille pour moi, j’ai les mains libres et je peux écrire !

Vendredi 28 Août

       7 Heures du matin : nous nous amarrons au quai d’Al Hoceima. 14 H, Manolo, venu nous rejoindre en bus, saute à bord ! Maté et sardines ! Et des fruits, des fruits !… Virée de ravitaillement en eau, et tour dans la ville en fête (Ramadan)  Raïra, batido, un nouveau mélange : avocat et orange.

Samedi  29 Août

       Journée à Al Hoceima. Dormir ! En premier lieu.  Récupérer de la nuit précédente en mer et bain jusqu’à l’autre côté de la baie; kayak puis marché, surtout des figues et du boulgour pour les provisions de bord de Moemoea… Internet : Météo très contradictoire… vent force 7 ou vent force 4 ?

Dimanche 30 Août

       Sur le pied de guerre dès 5 H. du matin, l’air ne frémit pas …6 H. Sunrise, 7 H. on réveille des troupes… 9 h 15, l’eau se ride, le signal est donné. Au revoir Manolo qui disparait sur la digue pendant que nous hissons les voiles. Moteur en route pour passer le cap, le vent ne devrait pas tarder…il ne devrait pas tarder… Il ne devrait pas tarder… 14 H… les mouches attaquent , le ciel est de plomb, on dérive plus qu’on navigue avec un vent changeant qui remet chaque minute en question la stratégie à adopter…et nous qui avions bien plié le grand génois hier ! Point GPS, nous sommes  à mi chemin du port le plus proche vers l’Ouest. Le moteur est lancé, il va tourner jusqu’à rentrer à Cala Iris (18 h 30). N’ayant aucune information sur l’entrée de ce petit port, me revient le refrain « la gente de aqui sabe (les gens d’ici savent) »nous disait-on la nuit même de notre naufrage à Melilla. On rentre par calme plat, alors que sur la V.H.F. la météo annonce toujours force 4 pour la zone…

Lundi 31 Août

       Nous attendons - activement : bain, sardines (2 kg achetés par Kike au bateau qui vient de rentrer de sa pêche nocturne) lavage, cuisine - que les autorités nous donnent le feu vert pour lever les amares. Heureusement on ne perd rien, c’est toujours calme plat. 11 h, arrivent trois officiels avec un jeune et beau Labrador en laisse… C’est donc lui l’inspecteur !  Nous sauvons les sardines du museau alléché, et de là, il a l’air intéressé par tout et par rien, frétillant sans orientation. Tant mieux, car quelques jours avant de quitter Cap de l’eau, je remarquais que Momoea avait la poupe plus enfoncée que d’habitude comme en témoignait une nouvelle ligne de flottaison sur le gouvernail. Je m’inquiétais et Veit me promis de plonger avant de partir, ce qu’il fit pour libérer l’hélice des coquillages. Il ne vit rien de suspect et depuis quelques jours, l’inclinaison est redevenue normale (témoin sans parti pris : la ligne d’eau sur le gouvernail) sans que nous ayons bougé ni des masses d’eau , ni de carburant…mystère…

       Le vent n’est pas au rendez-vous mais nous voulons poursuivre jusqu’au port de  El Djeba. 15 milles nautiques au moteur. Le paysage défile doucement, une lenteur inhabituelle dans nos vies quotidiennes et pourtant je me sens occupée, occupée à être là. Nos amis prennent facilement un livre ou font la sieste. Aujourd’hui, la sieste n’est pas nécessaire. Il est sûr que nous ne serons pas en mer cette nuit, alors je peux pleinement profiter, être là dans un paradoxe de lenteur et de plénitude. Je crois pouvoir joindre Veit à ce sentiment.

       Nous passons devant le « Peñon  de Velez » :  Rocher dans la mer relié à la terre marocaine par une passerelle ; flanqué de trois murs blancs et surmonté d’un fier drapeau espagnol.

Quelques rochers plus loin, nous arrivons au petit port de El Djeba. Le cadre naturel dans lequel il s’intègre nous charme sur le champ…Je veux me promener, je veux me baigner, je veux flâner au village, je veux respirer sous les pins, je veux monter au sommet des rochers parmi les ruines… je veux tout maintenant, et surtout pas que le soleil disparaisse déjà sous l’horizon…



Mardi Ier Septembre

       Jour de souk, la matinée s’annonce très pesante, grise dans le gris ; les montagnes environnantes n’existent plus, le gris engloutit tout, tombe jusque sur la petite agglomération et c’est sous la bruine Riferienne que nous passons de tente en tente pour un ultime marché marocain.

 

Mercredi 2

       « La baie des Los Cangrejos »

       Mar et Kike vont en kayak à la plage, de l’autre côté de la « baie aux crabes ». Nous les rejoignons à pied par les crêtes puis échangeons après le casse-croute chaussures contre pagaie.

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Vendredi 4 Septembre

       Début d’après midi : La météo annonce du vent, nous partons sur le champ par petite brise et mer plate ; les dauphins, par dizaines nous accompagnent dans la transparence de l’eau, quel spectacle nous est donné de vivre là !


 

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       A 11 H du soir, un vrai vent d’Ouest se lève alors que Mar et moi laissons la barre à Veit et Kike. A l’intérieur , le doux bruit du clapot précipité sur le ventre de métal retient encore des bribes de ma conscience qui vogue vers Morphée. Nous maintenons un cap nord pour mieux profiter du vent. Au petit matin, nous rentrons perpendiculairement dans la ligne des gros, des cargos ; en début d’après midi, le vent retombe, nous nous approchons d’Estepona. Au quai, Kike débarque prestement vers d’autres rendez-vous. Veit achète 4 heures de pause au quai des visiteurs à la capitainerie. Mar s’occupe de revenir avec du pain frais, de la bière fraîche et moi j’en profite pour redonner leur place aux objets en balade : vêtements, vaisselle, livres. Puis Veit monte au mât, nous faisons repasser une drisse qui avait sauté lorsque nous avions voulu hisser la trinquette.  Maintenant, il nous faut dormir, récupérer des heures de navigation précédentes, surtout pour Veit qui a barré toute la nuit, et attaquer aussi fraîchement que possible la nuit à venir.

       C’est le marin de la capitainerie qui nous sort de la somnolence… Pour nous dire de prendre la mer maintenant ( 4 heures 0’0’’ de pause) ou bien de régler tout aussi sur le champ la nuit au port. Nous larguons les amarres.

Samedi 5 Septembre

       Il fait nuit. Clapotis d’un courant de marée sur la coque; chant harmonieux d’oiseaux de mer que je ne connais pas encore; tels sont les bruits environnants. Nous sommes à l’ancre, mieux encore, sur un corps mort qui nous a été conseillé alors que nous jetions l’ancre ailleurs :

« Amarrez-vous à ces bouées. Ca tire très fort ici. Ce corps mort est fait pour les bateaux de votre taille, vous pouvez dormir tranquille ici »

Accueil des plus sympathiques et un repas qui s’impose : Hier soir à même heure, nous partions d’Estepona, moteur, mer clame, nuit de pleine lune magnifique. Veit retournait dormir pendant que Mar et moi prenions le quart pour nous rapprocher de Gibraltar. Mar prenant la barre, moi aussi je tombe dans le sommeil jusqu’au moment où je l’entends me dire que nous sommes proches. J’ouvre les yeux, je vois devant un horizon de lumières et le rocher en arrière plan. Je ne comprends rien, la terre devrait s’arrêter au pied du rocher.

 


 

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Je réveille Veit et lui comprend tout de suite : Ce sont tous des bateaux à l’ancre ! En nous rapprochant, je commence à les voir distinctement et surtout nous réussissons à détacher du milieu de cette bande lumineuse continue le phare de Gibraltar. Nous pointons vers, traversons cette ville de géants flottants, rentrons légèrement dans la baie de Gibraltar/Algeciras car il est 2 heures du matin et c’est à 5 heures que les courants nous seront favorables. Pour le moment, qu’importe, la nuit est magnifique.

       Vers 4 heures nous passons le phare d’Algeciras, toujours au moteur, l’aube n’est plus bien loin, les courants vont bientôt nous propulser, le brouillard se développe côté Maroc. D’autres voiliers profitant de la même marée sont dans notre sillage. Dans des tons de gris se détachent des masses énormes presque informes.


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       Le jour se lève, mais pas le vent. La météo annonce ce qui doit être force 4 augmentant à 6 à mi journée. Veit, furieux de se retrouver sans vent au milieu de ce détroit va dormir. Je poursuis avec Mar qui nous a rejoint au cockpit. Nous longeons la côte espagnole faite de collines et toute de verdure aux quelques villages épars. Quel contraste agréable avec ce que nous connaissons de leur côte méditerranéenne !

En quelques minutes le vent nous rattrape, nous sommes déjà au milieu des moutons. Je hisse le foc, éteins enfin le moteur. Le vent forcit rapidement; je réveille Veit pour qu’il apprécie ce moment. Ce vent d’est qui aplanit la mer et gonfle nos voiles nous emmène maintenant bon train vers l’Atlantique, dépassant rapidement la pointe de Tarifa.


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Même cap jusqu’à dépasser le pointe de Trafalgar puis nous dirigeons vers le nord dans l’idée de rejoindre Cadix. Les heures et les milles passent jusqu’à ce que le vent de l’après midi fléchisse nous laissant poursuivre durement au moteur dans une mer formée : Encore 10 milles, dans ces conditions. 5 heures de navigation, entrée au port dans la nuit… Nous nous apprêtons à passer au large d’un autre port dont l’entrée, selon ce que nous lisons dans notre guide, n’est ni facile, ni recommandée en dehors des heures d’étale surtout par grande marée, donc, pas maintenant ! Mais voilà que des voiliers de croisière qui étaient en régate aujourd’hui rentrent tous, maintenant. Avec eux pour guides, nous emboîtons le pas. Un long cordon littoral protège une immense zone marécageuse. Le système des balises nous conduit jusqu’à la ‘porte’ de l’estuaire :  Deux hautes balises distantes d’une trentaine de mètres matérialisent le chenal par lequel se vide en ce moment des centaines d’hectares inondés à chaque marée. Je remarquais que le voilier devant faisait du ’sur place’ mais n’avais pas encore tout à fait réalisé pourquoi. Il est passé et c’est à notre tour d’être confrontés à un fleuve qui nous rejette. Veit me lance un regard interrogateur : - ’on avance ? ’ - Oui, on avance. Plus tard, c’est à moi de douter et Veit de répondre - si, on avance -. Centimètre par centimètre nous avons remonté au plus fort du courant, le moteur faisant alors ses preuves. Nous voilà de l’autre côté de la passe, de l’autre côté des dunes battues par l’Atlantique.

    


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Le soleil rouge disparait sous l’horizon lorsque nous jetons l’ancre. Nous venons d’échapper à une troisième nuit en mer. Les oiseaux du rivage sont nos compagnons du moment.

Dimanche 6 Septembre

       Cette nuit, un fort vent d’Est s’est levé. Je crois qu’il ne nous aurait pas laissé le temps d’arriver à Cadiz … Mar serait entrain de voguer vers Madère alors qu’elle doit rejoindre Seville aujourd’hui; enfin, pas de problème, elle y sera… mais elle n’a pas assez de pratique du kayak (notre annexe) pour faire face aux conditions météo et chavire à la dérive avant de rejoindre terre… pas grave, l’eau est encore chaude et le plan d’eau est rempli de voiliers au mouillage. Un hollandais la ramène à terre mais curieux au-revoir quand même.

De cette expérience à quatre, Mar comme moi-même étions surprises en 15 jours, de ne pas trouver l’espace trop petit sur Moemoea. Je crois que nous avons tous cette capacité d’accueillir toute l’immensité de l’espace extérieur. C’est là que nous demandons à notre voilier de nous emmener.

Jeudi 10 Septembre

       Jusqu’à présent, du vent à décorner les bœufs. Amarrés à notre corps mort où l’on « peut dormir tranquille » les journées passent vite, pleines de ce que l’on a trop peu fait pendant trois ans. Prendre un livre, un crayon, un pinceau - mais pas un tournevis ni une perceuse - prendre le manuel d’un instrument, rentrer plus à fond dans notre documentation de bord… Ce soir : une voix féminine nous appelle : nous faisons connaissance de nos voisins qui viennent nous chercher pour aller boire une bière à terre… 

      


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