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recit naufrage

NAUFRAGE

 

 

 

 

Le 28 février 2006, après 6 mois à Ras El Ma (Maroc, à 30 milles nautiques de Melilla) nous mettons Moemoea à l'eau à midi et partons avec un temps de vent d’Est vers le port de Melilla/Beni-Ansar.


 

 

A 19.30 (heure du Maroc), toujours avec une houle NE, nous entrons à Beni-Ansar. Nous voyons la balise en prolongation de la Digue Sud,un peu perdue en relation aux digues et aux distances entre elles. En passant près des deux grands quais marocains, nous cherchons un endroit abrité de la houle du levant pour nous amarrer. Finalement nous amarrons le bateau dans le fond Sud du port de pêche pour aller présenter nos papiers aux douanes. A 20h.30, nous avons nos passeports tamponnés et reprenons notre navigation pour le court trajet vers Melilla, vers l’Europe, vers le continent aux normes de sécurité nautiques les plus exigeantes du monde.


 

 

 

 

Nous nous approchons de la Digue Sud, la frontière, très illuminée, qui nous donne la direction. Nous suivons cet itinéraire parce que plusieurs bateaux de pêche entrent, nous laissant libre ce côté. Un pêcheur vient en face de nous tendance tribord. Comme nous sommes du « mauvais » côté pour croiser un autre bateau, pour éviter tout mal entendu, je dis à Sophie de se rapprocher davantage de la digue. Dépassant sa tête, nous pouvons voir à bâbord, 1000 mètres plus loin les lumières des quais et digues de Melilla. Maintenant, le vent d’est de la journée est tombé, et les vagues pas plus hautes que 40cm; la surface est lisse. Selon notre carte, les eaux les moins profondes de cette zone sont de 1,80m prés de la tête de digue ; à côté 2,8m, et 2,4m, et plus loin, 8m et 9m, en suivant le prolongement de la digue. Notre profondimètre indique 7m. Nous poursuivons dans la même direction, passant les hauts fonds.

 

 

 

 

Nous ne sommes pas particulièrement préoccupés car avec notre tirant d’eau de 1,50m (et le surplus d’eau dans le port dû au vent et vagues du NE, et la marée moyenne de 20cm à cette heure) nous passerions partout. Pour être en règle, nous allons vers la balise cardinale Est que nous avons vue en entrant au port et qui figure sur notre carte. Nous ne l’avons pas vue consciemment en sortant ( du port de Beni-ansar). Elle était sûrement cachée par les mâts, voile, proue, etc. pendant les 3 secondes de son activité sur les 12 secondes. (Dans tout le port de Melilla/Beni-Ansar, il n’y a pas de haut fond dangereux pour notre bateau, hormis celui du Club Maritime, et près de la plage, selon notre carte nautique IHM 4331 de 2001, validée en 2004). 

 

 

 

 

Quelques secondes après, autre scénario. 50m devant nous, la surface bouillonne, derrière cette surface en ébullition, devant nous bâbord, une grande vague aux lèvres blanches se rapproche en roulant et cassant!





Il n’y a pas de temps pour penser : surprise et peur actionnent les réflexes. Sophie tourne le bateau vers le N, vers les eaux tranquilles vues il y a un instant. Le regard tourne vers l’autre côté. A tribord maintenant sont les eaux bouillonnantes ; derrière celles-ci, quelques secondes après, trois fois brille la lumière d’une balise encore distante de 300m !!

 

 

A ce moment, le profondimètre saute de 7m à 0m, l’alarme sonne, Moemoea touche le fond.

 

 

 

 

Nous ne sommes toujours pas vraiment inquiets pour la sécurité du bateau (acier de 4-5mm), observant le spectacle a bâbord. On ne voit plus rien des grandes vagues déferlantes. Seulement la petite houle cassant en quelque endroit, ou roulant tranquillement vers la pointe de la digue, à 200m derrière nous maintenant. ( Dans cette zone est marquée la balise en question sur la carte ! Mais elle n’est pas là ! Elle est 250m plus loin !!!). Une minute après, recommence le même scénario d’une grande vague déferlante en ce même point spécifique, une deuxième, et tranquille de nouveau. (Voir les photos dans Melilla/Moemoea)

 

 

 

 

Plus inquiet maintenant, je descends dans la cabine. En quelques secondes, je réalise la catastrophe. L’eau rentre sans que je puisse savoir d’où elle vient.

 

 

De l’eau partout. Et ca rentre!  “Sophie, c’est terminé, on coule!” dis-je. De nouveau, nous tournons le bateau : il ne reste qu’une chose à faire, c’est de tenter, tant que le moteur tourne, d’amener Moemoea dans des eaux moins profondes, ou, au mieux, sur la plage. Peu de temps après, le moteur, noyé, s’arrête. Nous jetons nos kayaks à l’eau, prenons nos papiers les plus importants, la caisse de bord, quelques appareils électroniques, et quelques autres petites choses dans la cabine. Je m’assis dans mon kayak et Sophie me donne les choses à sauver.

 

 

 

 

A ce moment, la Guardia civile arrive avec son Zodiac. Ils ne s’approchent pas vraiment, pour demandant s’il y a des roches ?! Ils sont très inquiets, même s’ils devraient connaître leur port.

 

 

Plus tard, « ils nous sauvent la vie en risquant la leur bien sure ! » comme on peut le lire avec les citadins le lendemain dans le “Melilla Hoy”. 


 

 

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